Dustin, le court métrage de Naïla Guiguet.

Écrit par sur 2020-10-27

Dans un hangar, au rythme d’une soirée techno, Naïla Guiguet nous plonge dans l’univers de Dustin, jeune transgenre. La réalisatrice Naïla Guiguet c’est aussi Parfait, DJ et membre fondatrice de Possession. Elle dévoile une sphère rarement exposée sur grand écran : celle de ses soirées warehouse de la périphérie parisienne…

La techno s’invite au cinéma

La membre fondatrice de Possession, Parfait, réalise un court métrage. Voilà une annonce qui ne pouvait que piquer la curiosité du Protocole Radio ! À l’occasion du FIFIB, nous nous sommes empressés d’assister à la représentation sur grand écran de Dustin. Alors, à quoi pouvions-nous nous attendre de la part de Naïla Guiguet ? Fraichement diplômée de la FEMIS et membre fondatrice du collectif Possession, elle tourne à l’une de ces soirées, son premier court métrage professionnel.

Pour vous donner le contexte, durant la projection de 4 courts métrages auxquels nous avons assisté, Dustin se positionne après une narration bouleversante et poétique. Alors que l’écran est encore noir, le spectateur est toujours immergé dans une profonde mélancolie. Brusquement l’atmosphère est bouleversée par les grands kicks de Trym sur son track Pandora. Ainsi, la salle prend une allure bien différente une fois plongée dans la frénésie d’une soirée sous un hangar industriel. Dans cette ambiance, au rythme des BPM trop élevés, on est embarqué au côté de Dustin, accompagnée de Felix, Raya et Juan. Nous suivons le groupe cadencé par l’hystérie générale entre transe et extase perdu dans la proximité ambiante. Jusqu’à l’After chez une inconnue, nous suivons les interactions provoquées par Dustin.

Tout au long du court métrage la musique joue un rôle majeur dans le déroulement du scénario. Comme l’affirme Naïla, les prises faites avec Possession ont entièrement été doublées. La techno faisant partie intégrante de la soirée, le mixage des dialogues et de la musique ambiante se fondent à merveille.

Entre fiction et documentaire

Après la projection, la réalisatrice raconte : l’idée est partie d’une longue discussion avec Dustin Muchuvitz durant laquelle s’est dégagée la réflexion suivante, « Une bonne journée pour moi, c’est une journée où l’on m’appelle madame ». Ainsi, Naïla nous transmet un fragment de vie et met en scène les passages difficiles que peuvent connaitre les transgenres trop souvent confronté-es aux interrogations et aux critiques sur leur identité. En se focalisant sur Dustin, Naïla partage un mode de vie souvent peu compris. Tout au long du film, on suit le personnage qui nous transmet ses émotions. On traverse différents univers et rapidement on s’attache de loin ou de près.

« Chaque semaine, des milliers de jeunes parcourent la périphérie parisienne pour danser ».

Naïla Guiguet lie son court métrage à l’univers de Possession, le collectif de techno mené par des filles qui organise des soirées LGBTQI+. Elle y capture un monde qui lui tient à coeur, celui pour lequel elle vibre. Elle tient à exposer cet univers qui n’est connu que de ceux qui le vivent et y participent ; un univers qui offre à ces jeunes un véritable lieu d’expression et de liberté. Le court-métrage est filmé au coeur de cette sphère libérée. Il témoigne de la singularité et de la beauté de ce monde pourtant baigné dans l’incompréhension, la tristesse et les excès en tout genre.

Photos par Mariana Vasquez Matamoros

Depuis son âge d’or, jamais le monde curieux qu’incarne la techno et les soirées warehouse n’avait été mis sur le devant de la scène avec tout ce qu’il implique. Aujourd’hui, Naïla Guiguet prend les devant et révèle la réalité d’une vie sur grand écran. Au risque d’en bousculer plus d’un, elle le fait à sa manière avec une passion exaltante.


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