Dans les bacs : Hyperspace – Beck

Written by on 2019-12-08

L‘inclassifiable Beck a toujours évité d’être cantonné dans une case. Amateur de Blues comme de Hip-Hop, ces influences se retrouvent dans la chanson “Loser” que vous avez sûrement déjà entendue, et sur toute sa discographie accompagnées de genres comme le folk, le jazz, la musique latine, et toutes sortes de rock. 

Mais est-ce toujours le cas pour son nouvel album Hyperspace, sorti le 22 novembre dernier ? 

Hyperspace étant un album post-rupture d’un mariage de quinze ans, on s’attend à du sombre, des larmes et du désespoir. Mais il ne faut pas oublier à qui on a affaire : la dernière fois qu’il s’est fait larguer Beck nous a quand même pondu Sea Change, un de ses meilleurs albums.

Alors oui, on retrouve une voix plus blasée que jamais, et des paroles pas joyeuses, mais l’atmosphère générale est très aérienne. 

“J’suis du-per dans les 90’s, parle à ma main”

Beaucoup plus qu’un album de séparation, Hyperspace est aussi le fruit d’une collab avec Pharrell Williams voulue depuis longtemps. Il devait à la base être un EP mais Beck a pu écrire plus que prévu sur le thème exploré le long de ces 9 titres. Thème qui n’est heureusement ni sa rupture, ni son ex.

On peut voir un premier élément clef de l’album sur sa pochette: surexposition, costard blanc, gros caractères japonais et Celica rouge des 80’s… Pas de doute, la nostalgie des années pré-2000 est bien présente. 

À l’écoute, ce sentiment est immédiatement confirmé. Les nappes de synthé sont omniprésentes avec des effets lo-fi donnant une ambiance rétro bien sentie, contredite seulement par des flows définitivement contemporains légèrement autotunés, comme ci-dessus sur “Chemical”.

“I’m so high. Love is a chemica. Start it, start it again”

La vibe Chillwave est aussi bien présente sur la chanson titre “Hyperspace”, où l’instru donne un peu l’impression d’être bloqué dans un écran de chargement PS1. Ce qui est probablement l’effet recherché d’ailleurs, le narrateur semblant être pris dans une simulation en hyper-espace, où il peut se permettre de fantasmer sa relation. L’envolée de Terrell Hines sur le morceau n’est pas sans rappeler les plus récents titres de Gorillaz.

“In hyperspace, electric life is in my brain. In hyperspace, spend all my nights and all my days. With you”

“Stratosphere”, qui aurait pu s’appeler directement “apesanteur” tant l’ambiance de la chanson fait flotter dans les airs, ne souffre pas trop de sa comparaison avec du Pink Floyd tombé dans une marmite d’Indie. Le titre procure un sentiment très comparable à Comfortably Numb, ou apparemment à un fix d’héro (voir citation). Cette ambiance transpire jusque dans la chanson suivante “Dark Places”.

“Needle to the spoon. Strike a match and let it be”.

Bien loin d’un voyage dans l’espace, l’album semble plutôt vouloir nous emmener vers nos espaces intérieurs, ces endroits que l’on visite pour se détacher des agressions extérieures, et les moyens que nous empruntons pour nous faciliter ce voyage, que ce soit la religion, l’amour ou la drogue. Le titre lui-même est inspiré d’un bouton dans un jeu, permettant d’esquiver tous ses ennemis en entrant en hyper-espace.

L’influence de Pharrell est bien présente sur l’album, où il apporte une simplicité et un minimalisme que Beck peine à atteindre seul. Certaines instrus récupèrent si fidèlement ce que l’on peut retrouver en R’n’B actuel que l’on s’attend à un drop de trap à chaque détour (voir “See Through”). Mais il n’est pas question non plus pour Beck de lâcher son harmonica ou son dobro. Le mélange des genres est toujours présent, Pharrell y a juste mis une bonne couche de 2019 pour toucher encore une nouvelle génération, dommage pour les puristes des premiers albums qui ne se reconnaîtrons peut-être que dans “Saw Lightning”.


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