Culture : Mais il se passe quoi au Berghain?

Written by on 2020-01-21

Le Berghain semble être le club de tous les records. Le meilleur système son, meilleur club Techno, le videur le plus select et le plus connu (oui, même le videur est une célébrité), les attentes les plus longues et paradoxalement, c’est aussi le lieu underground le plus célèbre du monde. Mais comment atteindre un tel niveau de notoriété et surtout comment le conserver depuis maintenant quinze ans, en bref : il se passe quoi en vrai au Berghain?

Tu attends, tu attends… Et tu rentres pas.

La Mecque de la Techno doit son nom aux deux quartiers Berlinois dont elle marque la frontière : Friedrichshain et Kreuzberg, séparés autrefois par un mur de quatre mètres. C’est donc naturellement que ces lieux sont devenus bastion de la contre-culture et de l’underground. Le club est situé dans une ancienne centrale électrique, imposant bâtiment bétonné où résonnent désormais les rythmes soutenus inhérents à l’héritage industriel de la capitale Allemande.

Les habits noirs aideraient à ne pas se faire refouler, une légende dû aux goûts vestimentaires de Sven.

Si vous avez la chance d’y pénétrer vous allez d’abord vous extasier sur la hauteur de plafond et sur les peintures du grand hall (s’il y a assez de lumière pour les voir), et il faudra ensuite choisir l’altitude à laquelle vous voulez monter. Un premier escalier vous mènera à la salle principale, dédiée à la Techno pure et dure des DJs guest (Carl Craig, Luke Slater…) et résidents (Ben Klock, Marcel Dettmann…). À l’étage se trouve le Panorama Bar, scène la plus soft avec sa House music et ses volets parfois ouverts dans la journée.

Dans la journée? Et oui, le Berghain est ouvert tous les soirs de la semaine, mais également du samedi soir au lundi matin. D’où l’importance de son espace extérieur, permettant de respirer un peu d’air dénué d’effluves sudoripares si vous voulez tenter un marathon festif de plus de 24 heures. Et je suis gentil quand je vous parle d’odeur de sueur car il faut vous préparer à sentir bien plus que ça dans ce temple de l’hédonisme. On se bécote, on se frotte, on se touche un peu partout mais toujours dans le respect et le consentement. Pas de main au cul volées ici, mais des backrooms à chaque étage permettant d’explorer sa sexualité et ses camarades.

Attention les photos sont interdites sous peine d’exclusion, au même titre que la vente de drogue ou la prise de GHB

Je vois d’ici une lueur lubrique s’allumer dans l’œil des frat boys, une précision s’impose donc. Préparez-vous à être un chasseur chassé car le Berghain est, historiquement et dans les faits, un club gay. Les femmes et les hétéros sont bien sûr acceptés, et se retrouvent plutôt au Panorama Bar bien qu’aucune règle ne soit fixée. Mais il existe aussi une troisième salle : le Lab.Oratory. Ce sous-sol du club est accessible par une autre entrée et réservé aux hommes, aux vrais. Pas le droit de porter du parfum, et on vous conseille carrément de laisser vos habits “normaux” au vestiaire pour participer aux soirées à thème (qu’il est préférable de connaître avant d’arriver).

Profil du “Frat Boy” qui va se faire refouler parce qu’il est bourré et qu’il parle fort

Vous commencez à voir ce qui différencie le Berghain des autres clubs. Et je ne parle pas de pratique sexuelle mais de la liberté de pouvoir s’y adonner ou non, et de liberté tout simplement. Chaque soir, le Berghain recréer ce sentiment de connexion forte que pouvait ressentir tous ceux qui ne rentrent pas dans les cases de la société quand ils se retrouvaient dans des clubs à l’époque où la Techno était elle aussi toute jeune et incomprise. C’est pour préserver cette ambiance particulière que Sven le videur et ses acolytes sont si durs (les règles d’admission sont toujours inconnues), surtout maintenant que la renommée du club est mondiale et la gentrification du quartier Kreuzberg bien avancée. Et s’il faut refuser mille personnes pour que cent puisse en profiter, so ist das Leben.

Tag en hommage à Sven Marquardt

Pour en savoir plus, je vous conseille ces deux articles :
Pourquoi les touristes se font autant refouler du Berghain ?
Sven Marquardt’s interview


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